Arnaud Montebourg peut-il avoir de bonnes mines ?

Publication le 10 octobre 2012 sur Les Echos Maket Maker

Grâce à ces réformes, le ministère du redressement productif disposerait de bonnes mines et d’autant d’emplois non-délocalisables.

Jusqu’à la fin du siècle dernier la France possédait de solides sociétés métallurgiques et minières aussi bien dans les métaux de base que dans les métaux stratégiques et critiques. Citons deux d’entre elles. Métaleurop produisaient ses 60 tonnes d’indium et 35 tonnes de germanium chaque année, mais la société disparaissait il y a moins de dix ans. A la même époque, CLAL, qui transforma chaque année des centaines de tonnes de platine, palladium, rhodium, or, argent, terres rares, cuivre, nickel, zinc… depuis deux siècles, disparaissait immédiatement après avoir été vidée de ses métaux par son actionnaire. In fine, cédés à des groupes étrangers, les outils de travail et les emplois de Métaleurop ou bien du CLAL furent exportés ; que dire de Péchiney ou bien d’Arcelor ?

Il y a quelques années, la SLN était le mineur de la Nouvelle Calédonie, la Cogema avait exploré et exploité de l’uranium en France avant de se lancer Outre-mer ; le Bureau de Recherche Géologique et Minière avait exploré la terre entière avec succès et repoussait ses limites jusqu’à devenir mineur.

Les années ont passé, et l’Etat reste propriétaire peu ou prou d’établissements proches des mines et métaux. Hélas, ils sont figés sur leurs sites historiques, leur capitalisation boursière est immobilisée, leur fiscalité est une question ou ils n’ont pas hérité du brio de leurs ancêtres ; mais le BRGM retrouve une dynamique au fur et à mesure que la génération qui s’en va peut transmettre ses richesses géologiques à celle qui arrive.

Cet assemblage est-il suffisant pour les besoins de l’industrie française (chimie, pharmacie, aéronautique, automobile, défense, énergies climatiques), peut-il traverser la crise des métalloïdes, est-il capable d’aborder le sujet des mines et métaux sous-marins, peut-il créer des emplois ? Les services de l’Etat s’interrogent.

L’Etat peut-il améliorer la situation ?

    – Oui, si il réforme le code minier dans le but de créer des emplois : c’est à dire s’il est éloigné du monochrome et proche du pluralisme des responsables territoriaux et des professionnels ; c’est-à-dire s’il est indépendant du code de l’environnement ; c’est-à-dire s’il est soucieux également de l’opérationnel des mines sous-marines, si différent du monde des hydrocarbures off-shore.
    – Oui si il pilote deux actions : un assainissement des structures existantes et la construction d’une task-force publique-privée dirigée de manière incontestable et orientée vers l’innovation dans l’exploration et la mine verte, l’acquisition de gisements, les emplois et sécurité environnementale.

A ce titre la métropole pourrait-elle avantageusement s’inspirer de l’exemple néo calédonien ?

L’industrie minière y garantit un taux de croissance très supérieur à celui de Paris grâce à une alliance particulière : adhésion de la majorité de la population autour d’une stratégie minière adaptée à la mondialisation, un code minier refondu pour une gestion à long terme, un accès aux ressources rénové, des réserves techniques ; donc de l’emploi grâce à la construction de nouvelles infrastructures, l’exploitation de deux nouvelles mines, Koniambo et Vale-Goro et de deux usines délocalisées en Corée et bientôt en Chine. En moins de 5 ans ce ne sont pas moins de 10 milliards d’euros qui auront été investis dans les nouvelles mines de Nouvelle Calédonie.

Grâce à de telles réformes en métropole, le ministère du redressement productif y créerait de bonnes mines et des emplois non-délocalisables.

Didier JULIENNE

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