Bel aluminium, triste bauxite

Pubication le 14 juin 2016 sur Les Echos Le Cercle

L’aluminium c’est de l’électricité solide

Comme du temps de Pierre Berthier qui nomma la bauxite d’après le village des Baux de Provence, il y a pléthore de bauxite dans la croute terrestre et la concurrence pèse sur les prix. En Chine –premier importateur mondial- les importations de bauxite se sont considérablement diversifiées : Australie, Inde, Malaisie, Ghana, Guinée, Fidji, Salomon, Vietnam… sans oublier la production nationale. Comme pour le minerai de fer, la bauxite la plus compétitive est celle du bassin Pacifique, elle est à la porte de la Chine et à l’inverse de celle d’Afrique elle n’endure pas le test permanent  du coût du fret maritime de l’Atlantique vers la Chine.

Une fois transformés, entre quatre à sept éléments de bauxite font deux éléments d’alumine puis par électrolyse un élément d’aluminium. L’aluminium c’est de l’électricité solide. Il y a quelques mois, le coût de fabrication de l’alumine était à hauteur de 30% de la bauxite et 37% de l’électricité, à son tour le coût de l’aluminium comptait 36% d’alumine et 35% d’électricité. Le prix de la bauxite a baissé et si l’électricité était trop chère ou trop intermittente, la production d’aluminium s’est déplacée vers les grandes zones de consommation d’aluminium (plus de 50% de la production est en Chine) et les zones d’électricité compétitive ; en Arabie Saoudite par exemple ou en Chine au fur et à mesure que les prix de l’électricité comptabilisaient la baisse des prix du charbon.

Si le prix de l’aluminium s’affermissait récemment sous l’effet de restockage il est à présent en retrait et dans ce contexte, une surproduction d’aluminium devrait engendrer une baisse de l’offre, mais ce n’est pas encore le cas pour plusieurs raisons.

Premièrement, peu de producteurs chinois sont en difficulté aux prix actuels et rouvrir une usine d’aluminium est très long et coûte cher, beaucoup plus qu’une aciérie par exemple, donc elles ne ferment pas. Deuxièmement, la production chinoise répond à des demandes locales et internationales via les routes de la soie, elle continue d’augmenter. Troisièmement, en Chine le coût de l’électricité baisse avec les prix du charbon et produire de l’aluminium est rentable dès lors que les contrats énergétiques ont été habilement négociés. Quatrièmement, l’évolution du taux de change du Renminbi est favorable. Enfin la prééminence de la bourse des métaux de Shanghai implique que de nombreux producteurs locaux y sont « bonne livraison »; ils y livreront directement leur production sous forme de lingots sauf s’ils continuent d’abaisser le coût de la chaine d’approvisionnement en livrant directement au  consommateur de l’aluminium liquide ; ces stocks échappent au marché et plus que le passé ils ont un impact financier très observé par les spéculateurs.

Par conséquent bauxite et alumine semblent s’orienter vers une seule direction : flux d’exportations de bauxite vers la Chine à prix cassés, grande production et consommation d’aluminium en Chine, coût de l’électricité chinoise en baisse  et hausse des exportations d’aluminium chinois.

Les prix de l’aluminium et de la bauxite continueront de diverger. Les producteurs d’aluminium ont des comptes positifs car le coût de l’électricité est maitrisé, la bauxite baisse sous l’effet de la concurrence et devrait voir son prix sombrer vers les coûts de production les plus bas.

Didier JULIENNE

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