Inondation de Paris : invraisemblable chaos économique

“Territoire à l’arrêt pendant plusieurs mois et réseaux critiques impactés (électricité, eaux, télécoms, transports) : l’économie nationale, voire européenne en souffrirait durablement.”

En Juin 2013, il faisait exceptionnellement beau à Paris, mais les inondations rarissimes d’Europe Centrale illustrait que l’excès d’eau, une ressource naturelle pas comme les autres, provoque des troubles.


Les images du Mitteleuropa inondé rappelaient la prochaine inondation de l’Ile de France. Le thème engendre un sentiment mêlé de romantisme lorsque l’on contemple les photos parisiennes de la crue de 1910 mais également d’angoisse.
Les photos de la crue parisienne de 1910 sont romantiques à un double titre. L’amoureux du Paris d’aujourd’hui ressent un intérêt nostalgique et historique à reconnaitre sur une photo en noir et blanc une rue que l’on connait parce que l’on y passe tous les jours, son immeuble, ou son quartier. Le tout est peuplé de gens aux fenêtres qui hèlent des barques flottant au niveau des premiers étages.  Et puis,  dépassant  les archives, pour peu que l’on apprécie Venise on rêvasserait aux Champs-Elysées transformés en Grand Canal, la place Sainte Catherine en Campo Santo Stefano, le Panthéon en San Giuorgio Maggiore et les bateaux mouche en Vaporetto…
Divagations, Paris inondée sera une catastrophe. C’est d’ailleurs le risque de catastrophe naturelle française numéro un devant celui du tremblement de terre de le Côte-d’Azur. Cette nouvelle crue centennale est un évènement certain et les dommages seront nationaux puis européens.


La http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://blogs.lesechos.fr/IMG/jpg/inondations_ile_de_france.jpg&imgrefurl=http://blogs.lesechos.fr/market-makers/l-inondation-de-paris-est-un-invraisemblable-chaos-economique-a13081.html&h=556&w=600&tbnid=dRq0_wUg3ocbQM:&tbnh=99&tbnw=107&docid=IXx3RxKWEclUZM&usg=__Svq2tkP2nBpZr1ncKtMzl5n2cdo=&sa=X&ved=0ahUKEwjK1daakK7LAhXHWxoKHd5iDnYQ9QEILjAD carte de l’Ile de France inondée indique la démesure du choc humanitaire.

Premièrement, Paris inondé signifie qu’une grande partie de l’Ile de France sera elle aussi inondée. Plus de 500 communes si nous en restons au niveau de 1910, mais rien n’affirme que cette limite historique ne sera pas dépassée…. en outre, si la Seine déborde qu’en sera –t-il de son amont, de la Marne, de l’Yonne mais aussi de la Loire, la Somme, le Rhône … et des conséquences identiques dans le couloir rhodanien, la zone Tour-Angers-Nantes,… etc, l’inondation multiple est une conviction.


Restons-en cependant à l’Ile de France et aux bornes de 1910 car , deuxièmement,  dans Paris, le Palais de l’Elysée sera dans l’eau de même que quelques ministères voire le nouveau Pentagone, l’Assemblée Nationale sera une ile, la Gare Saint-Lazare et la gare de Lyon seront des plages, le Marais retrouverait son éponymie …En outre, souvenons-nous de l’exemple de Xynthia, l’Ile de France qui sera victime de la crue n’est plus celle de 1910. Des zones inondables sont désormais urbanisées à hauteur de 90 % sur la Marne et la Seine : Vitry sur Seine, Créteil, Maisons-Alfort, Suresnes, Levallois Perret, Colombes, Gennevilliers, Villeneuve la Garenne, Rueil-Malmaison….
Par conséquent, le chiffre d’habitants directement touchés risque de dépasser les 2 millions. C’est-à-dire 2 millions de personnes qui faudra déplacer ou reloger parce leur logis est sous l’eau ou inhabitable: leur appartement inaccessible depuis que le voisin du deuxième étage n’apprécie plus que l’on embarque ou débarque par sa fenêtre pour rejoindre l’appartement du 6 étage.
Certes il y a le francilien incrédule qui habite sur une hauteur et refuse d’imaginer qu’il sera ennuyé par les débordements. Il se trompe. Il sera lui aussi sinistré dans un quotidien sans eau, ni électricité, ni transport, ni voirie, ni essence, ni commerce, ni travail… Et peut-être, après 3 semaines de crue sera-t-il heureux d’apprendre qu’il n’est plus nécessaire d’emprunter le pont de Tancarville en Normandie pour passer du quartier Latin à la colline de Ménilmontant. Une forte proportion des 12 millions d’habitants de l’Ile de France sera victime directes ou indirectes de la crue.


Troisièmement, certains pensent à la famille-refuge en province, mais la crue de 1910 durât 45 jours. Le déplacement prolongé de 2 millions de personnes ,en province ou bien ailleurs, pendant la crue, la décrue et le temps de remettre les choses en état voire de reconstruire des habitas et les infrastructures se comptera en probablement en années. Au total, une partie non négligeable de la population française subira l’impact des inondations.


Quatrièmement, l’exode de 2 millions de personnes se révèlera-t-il possible via notre organisation toute en réseaux automatisés si ces derniers tombent les uns après les autres ? Les transports ferroviaires verront-ils l’électricité durablement coupée, l’approvisionnement en essence, les terminaux bancaires, les commerces, etc. … Seront-ils tous disponibles ? L’état sanitaire risque-t-il d’être dégradé,  le service d’eau potable sera-t-il… sous l’eau ? Et cette liste n’est pas close, les pessimistes penseront que la notion de solidarité sera mise à l’épreuve, les optimistes que la fraternité se révèlera. Plus probablement, la gestion du choc humanitaire par la région militaire permettra d’éviter le pire.


Certes il n’y a pas d’activité minière sur les bords de la Seine ou de la Marne, mais il y a des carrières, il y a aussi des activités énergétiques notamment de production électriques ; il y a enfin une activité agroalimentaire risquant d’être pénalisée par l’excédent d’eau. Il y a surtout l’impact sur les services et l’industrie : le fameux déménagement du Louvre de 2018, les touristes congédiés, les tours de bureaux sans ascenseurs, les entrepôts noyés, les transports immobilisés, la désorganisation de près de 200 000 entreprises franciliennes …


L’ensemble donne une estimation des sinistres nécessairement inexacte car raisonner vrai avec des éléments faux conduirait vers des chiffres qui seront proches, si l’on peut se permettre, d’un infini indéterminé, lui étant même soumis à l’ampleur et la durée de la crue. Le tout se comptabilisant sous la forme de pertes d’exploitations sans fin et une sévère contraction économique. Au final, comptabiliserons-nous 30 milliards ou bien 50 milliards d’euros de dégâts ?


En outre, l’activité économique sur-concentrée de l’Ile de France à des ramifications en France mais aussi dans toute l’Europe. Par conséquent, même remarque que précédemment sur l’ampleur et la durée de la crue: devrions-nous repousser avec assurance des chiffres de 100 milliards ou bien 200 milliards d’Euros en Europe? La  http://seinegrandslacs.fr/resultats-enquete-ocde simulation de l’OCDE conclue: “Territoire à l’arrêt pendant plusieurs mois et réseaux critiques impactés (électricité, eaux, télécoms, transports) : l’économie nationale, voire européenne en souffrirait durablement.”

Toutefois, l’intérêt de l’anticipation réside peut-être dans son évitement. Une solution permettrait de contenir en partie le niveau de la crue et de participer à la réduction des dommages prévisibles. En un mot éviter le désastre. Elle commencera sous la forme d’un projet pilote d’ici quelque temps à moins de 100km du sud-est de la Porte d’Italie sous la forme d’un premier casier de stockage d’eau et de réhabilitation de zones humides sur le site de la Bassée. Il en faudrait cependant beaucoup plus, d’autant que le coût resterait inférieur au milliard


Moins du milliard de travaux d’un côté, risque de100 ou 200 milliards de dommages de l’autre. Une bonne décision ne sera pas diluée par le principe de précaution.
Publié dans Les Échos le 07 03 2016