Intelligence économique et transition énergétique : cuivre, acier, aluminium

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Publication le 22 mars 2017 sur Les Echos Le Cercle

Sous le réalisme de l’IE, des promesses de la transition énergétique deviendraient des « Fake News ».

L’intelligence économique a été créée par le négoce des matières premières, elle est consubstantielle au trading des ressources naturelles. Tous captèrent l’information utile, l’analysèrent et en tirèrent profit : spéculateurs romains sur le blé égyptien, importateurs vénitiens d’épices asiatiques, hollandais de la Compagnie des Indes, riziculteurs japonais de l’ère Tokougawa et son premier marché à terme mondial, négociants français ou chinois,…

De nos jours, l’IE s’exprime directement aussi bien dans les PME qu’au CAC40 via des sociétés spécialisées très professionnelles, bien qu’elles soient parfois desservies par des compagnies eurêka & intellection stratégique aux obscures directions

Revenons au sujet : capter, analyser, exploiter l’information et son application aux matières premières nécessaires à la transition énergétique. les matières critiques indispensables à cet objectif sont déjà un obstacle documenté, regardons de préférence le cuivre, l’acier, l’aluminium et le béton qui chacun à sa manière atteignent une nouvelle zone d’orientation.

Le cuivre sera déterminant pour réussir l’abandon des hydrocarbures vers le tout électrique : transport, infrastructure électrique, transition énergétique… Ces  nouveaux rythmes de consommation provoqueront une pénurie du cuivre bon marché : plus de mines moins productives seront exploitées et en conséquence plus d’énergies carbonées et plus d’eau pour extraire le métal du minerai seront nécessaires. C’est à ce titre que les acquisitions minières de la Chine ont du sens  notamment en Afrique et en Amérique du Sud.  Puisque le recyclage sera toujours insuffisant, c’est également dans cette perspective que les grèves comme  celles des 3 plus grandes mines de cuivre mondiales actuellement pèserons à l’avenir avec plus d’acuité sur l’offre et entraverons périodiquement les objectifs de la transition. Laissons de côté les scénarii où le « tout écologique » est promu, dans ce cas il faudrait encore plus de cuivre… L’IE comprend ce métal rouge et son prix en hausse anticipe les fondamentaux de long terme.

Cette thèse cuprifère quelque peu enténébrée pourrait légèrement être éclairé si l’aluminium se substituait à quelques consommations cupriques. Mais là encore produire plus de bauxite nécessite plus d’énergie carbonée et plus d’eau. En outre, l’aluminium n’est pas autre chose que de l’électricité solide, et l’électrolyse de la bauxite a pour principale origine la Chine. Là-bas l’électricité a toujours pour provenance principale le charbon. Mais les choses changent dans ce domaine et les prix de l’aluminium qui franchissaient récemment plusieurs caps importants à la hausse se renchérissent aussi dans une perspective de long terme..

Enfin la transition énergétique ne s’affranchira pas d’une visite du côté de l’acier, aux prix également en hausse, et du béton, tous les deux utilisés aussi bien pour les immenses pylônes et infrastructures d’éoliennes que pour les fermes solaires. Pour atteindre la capacité qu’une centrale électrique française de 1300 MW il faut 1400 éoliennes de 4 M. Mais à l’inverse de la centrale leurs productions seront intermittentes puisqu’elles ne tournent en moyenne qu’un jour sur quatre. Ces 1400 moulins à vent terrestres consomment 4 à 7 fois plus d’acier et de béton que la centrale électrique tout en ayant une durée de vie trois fois inférieure. Dès que l’on raisonne en ancrages en béton, pylônes d’acier, câbleries de cuivre, infrastructures en aluminium…, c’est grâce à l’IE à fragmentation (cumul de la défensive, offensive et thématique) que l’on comprend l’ampleur des limites naturelles de cette transition énergétique. Vendre un rêve politique n’est certes pas un crime, et cependant le principale défi de l’énergie est de prévoir l’imprévisible :

• L’imprévisible croissance de la demande énergétique électrique ;
• La prévisible économie circulaire du nucléaire et sa future utilisation du stock de combustible électrique français équivalent à une indépendance énergétique de 8000 – 20 000 ans ;
• L’imprévisible constance du charbon en Allemagne ;
• L’imprévisible hausse de prix de l’électricité « à l’allemande » et l’imprévisible précarité énergétique des citoyens ;
• L’imprévisible disparition de la théorie du Pick-Oil grâce au schiste et l’apparition de celle du Pick-Demand ;
• Les imprévisibles tremblements de terre qui menaceraient la géothermie ;
• L’imprévisible sécheresse qui assècherait les barrages ;
• L’imprévisible météorologie au-delà de 15 jours, l’imprévisible production électrique éolienne et solaire intermittente, l’imprévisible impact des déchainements climatiques sur les champs d’éoliennes ;
• L’imprévisible prix des métaux critiques nécessaires à la transition énergétique ;
• L’imprévisible fusion d’une batterie au lithium dans un a vion japonais , l’imprévisible explosion d’une batterie de voiture électrique dans un parking au centre de Paris, l’imprévisible explosion d’une batterie de téléphone ;
• L’imprévisible Skyonic et sa minéralisation industrielle du CO² atmosphérique ;
• l’imprévisible lenteur à financer les économies d’énergies dans la rénovation de l’habitat ;
• L’imprévisible substitution de la capacité électrique thermique française (85 000 Mw) par l’installation de 92 000 éoliennes, chacune remplacée tous les 20 ans, 276 000 sur 60 ans. À raison d’une éolienne tous les 500 mètres, ces 92 000 éoliennes représentent un rectangle de 1000Km de longueur et 23 Km de large entre Dunkerque et Cerbère en Pyrénées Oriental, sur lequel seraient plantées 46 rangées de moulins à vent. Autant d’ancrages de béton, de pylônes d’acier mais également de câbleries de cuivre et ou d’aluminium… L’éolien maritime réserve plus de consommation de matières premières.
• L’imprévisible dogme qui interdit de combiner le meilleur de chaque énergie: fossile, nucléaire, climatique, renouvelable;
• Les imprévisibles 30 années d’électricité pour chaque français contenues dans chaque seau d’eau destiné à Iter;
• Les imprévisibles combats, doutes et méfiances de l’anti-science conduisant à l’imprévisible divorce entre la réalité et la pensée et donc le prévisible renouveau philosophico-politique démentant l’immortalité de l’humanité et révérant le soleil éternel… !!

D’aucuns concluront que sous le réalisme de l’IE, des promesses de la transition énergétique deviendraient des « Fake News ».

Didier JULIENNE

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