L’empereur des chinois… Et moi, et moi, et moi

L’Assemblée Populaire Chinoise réforme l’empereur, le zinc, l’acier et les enfants.

L’année du chien verra, la semaine prochaine, la 13ème Assemblée Populaire Nationale  chinoise retoucher sa constitution.

Elle supprimera d’une part , semble-t-il, la limite imposée de deux mandats aux Président et Vice-Président ;  la Chine se démarquera ainsi des États-Unis ou de la Russie et rejoindra les pays où il est possible d’être élu plus de deux fois de suite. D’autre part une Commission Nationale d’Anticorruption sera créée et rattachée à l’APN tout en travaillant en étroite collaboration avec le Parti Communiste Chinois. Cette CNA serait-elle un outil risqué si elle enquêtait sur la dette des grandes entreprises et des municipalités chinoises voire sur les investissements chinois à l’étranger ?

D’autres annonces aux conséquences plus directes sur les marchés des ressources naturelles sont attendues début mars.

La première concerne le marché immobilier. Très soutenue en 2017 par la politique centralisée de « réduction » du stock foncier détenu par l’état en faveur du privé, en 2018, une politique plus décentralisée est espérée. L’initiative du déstockage serait vraisemblablement déléguée aux régions et aux municipalités. Son impact sur les marchés des métaux  de construction sera déterminant, pour l’acier et le cuivre notamment.

La deuxième concerne l’environnement. La réduction de la production industrielle pour contenir la pollution atmosphérique cet hiver semble porter quelques fruits dans certaines des 26 +2 villes concernées par le programme. Il faudrait être compressé comme un écoinçon pour ignorer que ce mouvement, initialement prévu pour l’hiver 2017-2018, se perpétuera jusqu’à l’ataraxie environnementale. Le programme étendu à tout le pays, il sera désormais plus difficile que par le passé d’importer en Chine des déchets métallurgiques et du minerai pauvre (cf cuivre et nickel) pour traitement local. Ce dernier se fera dans les pays voisins : Corée, Indonésie. Corollaires, la production locale diminuant,  les prix se sont renchéris : acier,  aluminium, nickel, cuivre et charbon notamment.

Loin de se limiter à l’aval, cette transition de la quantité vers la qualité concerne également l’amont minier. L’ouverture de nouvelles mines en Chine sera elle aussi plus encadrée : le zinc n’a qu’à bien se tenir. L’impact sur la mine de charbon est également immédiat, mais la diminution de son usage provoque la hausse de la consommation de gaz cet hiver. La Chine bénéficie des prix avantageux de ce dernier, eux-mêmes liés à la production de gaz de schiste des États-Unis ;  une harmonie toute confucéenne se dégage de ce vieux couple transpacifique.

Justement, c’est Cupidon qui nous dirige vers notre troisième pensée. La prochaine APN décidera-t-elle de la fin de la politique de l’enfant unique ? Inutile de disserter longtemps de l’impact d’une telle réforme sur les marchés des matières premières agricoles, énergétiques et métallurgiques.

Tels des cailloux tombant dans l’eau provoquent des ondes dangereuses, ces nombreuses réformes fondamentales sur la corruption, l’environnement, la natalité réclameraient-elle l’équilibre sapiental d’un pouvoir qui dispose d’une vision à long terme, au-delà de deux mandats de cinq ans ?

S’il n’y a pas d’empereur des chinois, comme le chante Dutronc… Et moi, et moi, et moi.

Publié dans Les Échos le 26 02 2018

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