Quel métier choisir dans les ressources naturelles

Parmi les commentaires à ce blog, en voici un qui émane d’un étudiant de l’Edhec, lecteur assidu, qui m’interrogeait sur les métiers des ressources naturelles.
« Je suis étudiant en école de commerce et, vous vous en doutez, je suis intéressé par le monde des matières premières. En effet, après avoir fait une prépa maths sup / maths spé, j’ai intégré mon école, pensant profiter de mes connaissances en mathématiques pour réussir en finance. Or, désormais, je réalise que ce sont les matières premières qui m’attirent, et qui me permettraient de faire le lien entre ma formation initiale d’ingénieur et mes études actuelles en économie.
Je vous écris donc pour vous poser quelques petites questions très concrètes :
1) A quels métiers autres que le trading puis-je prétendre dans ce secteur ?
2) Par quelles étapes devrais-je passer pour parvenir à un tel métier (stage ou autres fonctions par exemple) ?
3) Quels sont les entreprises que vous me recommanderiez particulièrement ? »

Vaste question, nécessité de réponses en dehors des stéréotypes à la française puisqu’il demande des réponses concrètes, difficulté de la concision du blog.

L’Onisep vous le dirait, impossible de construire une réponse sans que vous n’ayez fait une sélection que je ne ferai pas pour vous, cher Florian. Vous devrez choisir l’une des trois grandes familles de ressources : l’énergie, la mine, l’agriculture ; là où vous porteront vos goûts.
Simplifions à outrance. L’énergie ce sont l’électricité, le carbone, les hydrocarbures, le renouvelable. La mine regroupe l’ensemble des matières minérales. L’agriculture, les ressources agroalimentaire et l’eau. Faites ce choix rationnel avec une sérieuse documentation, de l’esprit stratégique, de la prospective et vous aurez fait le principal : vous ouvrir les idées sur tout ce que l’on ne vous aura pas appris.

Après cette première station, je remarque que vous éliminez immédiatement le « trading » de vos possibilités d’avenir. Si votre idée de ce métier se résume à un écran et un téléphone, je peux comprendre le rejet. Mais c’est regrettable car, bien faite, cette profession est fort éloignée du stéréotype d’employé d’institutions financières. En effet, il existe quelques sociétés, en général établies en Suisse ou en Asie, qui ont pérennisé un modèle économique regroupant négoce et production. La seconde fournissant une partie des volumes du premier et permettant d’acquérir les signaux faibles des tendances émergentes.
Mais il existe toujours à l’intérieur des institutions financières de beaux métiers. Cependant je n’ai pas rencontré l’équivalent des capacités d’analyse tout aussi pérennes que compétentes des grandes banques et fonds d’investissements anglo-saxons et canadiens. Donc vous devrez vous exiler si vous souhaitez devenir analyste « commodities » ou travailler dans le secteur des fusions et acquisitions. Mais cela, je suis certain que le cours de votre future professeur Joëlle Miffre vous y aura préparé.
Donc le négoce et la finance restent des terrains d’actions intéressants pour autant que vous l’exerciez à l’étranger, du moins pour le moment.

Toutefois il vous sera rare à l’intérieur d’une banque de toucher à la matérialité des choses. Rien ne vaut une belle société productrice ou bien transformatrice pour aimer la matière. Pour être concret, envisagez le marketing d’une société minière, d’une entreprise agricole, d’un producteur d’énergies ou d’eau. Ou encore la fonction achat chez un aciériste, un transformateur de terres rares, une entreprise d’agroalimentaire ou de cosmétique. De nouveau, à l’exception de l’agriculture, allez voir ce qui se fait en dehors de France. Pour l’eau, je crois que vous toucherez de très beaux et bons marchés dès que les sociétés de traitements d’eau et de désalinisation seront dans le « trading ». Proposez le leurs ! Enfin, le conseil des ministres du 27 avril confirme mon billet du 7 avril, voilà une affaire que vous pourriez aussi suivre.

La question des étapes. Puis-je vous recommander une sérieuse station dans le renseignement économique. Apprendre à collecter, analyser, puis diffuser, exploiter et protéger les informations est si indispensable que certains en font une profession. Elle sera pour vous essentielle. Dans notre pays l’ignorance de cette facette devrait être classée parmi les délits économiques. Une étape dans un bon service d’intelligence économique serait idéale.

En France, la fenêtre de tir de votre carrière est hélas située entre 30 et 45 ans. Aussi, si j’avais un pays à vous recommander pour votre réussite, je vous orienterais vers un pays européen agréable pour le « trading » du carbone ; la Russie, l’Ukraine et le Brésil pour l’agriculture ; l’Australie, l’Afrique et l’Amérique du Sud pour les matières minérales. Enfin, si vous voulez un peu de tout cela et de l’espace, je vous recommande le Québec et les formidables ressources de son arrière pays canadien.
Publié dans Les Échos le 04 05 2010

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*