Et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne  ?

In la Tribune 10/09/2020

En 2002, la production électrique allemande était à 50% à base de charbon (lignite 28%, charbon thermique 22%), 9% renouvelable (hydro 5%, biomasse 1%, éolien 3%, solaire 0%), 31% nucléaire, 8% gaz, et le solde 2% d’autres sources dont les centrales au fuel.

En 2019 la production électrique globale avait augmenté de 3%. Elle était, à 29% à base de charbon (lignite 20%, charbon thermique 9%), 46% renouvelable (hydro 4%, biomasse 9%, éolien 24%, solaire 9%), 14% nucléaire, 10% gaz, et le solde (1%) d’autres sources. Un seul bloc a progressé : les renouvelables.

Dès 2038, l’objectif de production électrique est 0% à base de charbon, 65% de renouvelables (dont environ hydro 5%, biomasse 9%, éolien 36%, solaire 15%), 0% nucléaire, 35% gaz. Ne discutons pas de ces 65% d’énergies renouvelables, considérons qu’ils sont acquis – ni de l’hydrogène, car il serait un sous-produit des renouvelables ou du gaz.

Affaire Navalny, réélection de Donald Trump… de l’eau dans le gaz russe

Analysons les 35% de gaz à la lumière d’un côté de l’angoissante affaire Navalny qui trouble profondément le rapprochement entre le producteur russe et le consommateur allemand, et de l’autre, l’éventuelle et funeste réélection du président Trump qui remettra de « l’eau dans le gaz » entre les États-Unis et l’Europe.

À l’avenir, dans un monde qui se dé-mondialise, c’est-à-dire que chacun doit un peu plus compter sur soi et moins sur les autres, nous aurons d’autres affaires qui handicaperont les relations entre la Russie et l’Europe et d’autres tensions avec l’outre-Atlantique.

Sans souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne fragilisées

Nous aurons également d’autres productions de gaz présentées comme des alternatives mais qui sont déjà fissurées de l’intérieur, telles celles de la Méditerranée orientale dans l’axe Grèce-Turquie-Syrie-Liban-Israël ; ou bien, qui seront sujettes à des tensions soudaines, telles celles du Golfe ; ou bien ré-orientables vers les consommateurs locaux, telles celles de l’Afrique.

Sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile.

En conséquence, dans 18 ans, les 35% d’électricité allemands fabriqués avec du gaz seront d’une grande fragilité.

100% de renouvelables en Allemagne? Souhaitable… mais impossible!

Il serait souhaitable que l’Allemagne passe le plus vite possible à 100% renouvelables, ce qui est une chimère pour au moins deux raisons :

  • le vent et le soleil qui seront nécessaires à la consommation allemande ne seront pas tout le temps disponibles ;
  • pour combler cette intermittence, il faudra compter avec les métaux nécessaires aux gigantesques batteries de stockage électrique ou aux piles à combustible qui transformeront l’hydrogène en électricité. Or, bon nombre de ces métaux ne se trouvent pas dans le sous-sol européen.

Avec la stratégie allemande de l’energiewende (“la transition énergétique”, en français), petit à petit l’Europe électrique interconnectée – c’est-à-dire un lieu où chacun dépend de l’autre – s’enfonce donc dans un corner énergétique : les excédents des renouvelables en dents de scie de l’Allemagne forcent ses voisins à fermer leurs usines électriques.

Faudra-t-il attendre 2050 pour (re)découvrir la bonne solution ?

En 2050, nous constaterons qu’il n’existait qu’une seule issue de souveraineté pour sortir de ce dilemme, celle que nous proposions dès 2012 à la CNUCED* mais que nous tardons à mettre en place: le nucléaire 4e génération, le thorium et la fusion nucléaire expérimentée sur le site d’Iter à Cadarache.

Le nucléaire de 4e génération présente l’avantage de produire 50 à 100 fois plus d’électricité avec la même quantité de minerai que les réacteurs nucléaires actuels. De plus, il brûle les déchets nucléaires des générations précédentes parce qu’il utilise directement l’uranium appauvri. C’est-à-dire que le stock de combustible usagé accumulé sur notre sol dans le Cotentin, notamment depuis les années 1970, disparaîtrait tout en produisant de l’électricté. Il serait brûlé dans des centrales qui nous donneront toute l’électricité dont nous aurions besoin gratuitement en ressources pendant 5.000 à 10. 000 ans. Nous n’aurions donc plus jamais besoin de mine d’uranium. Ces réacteurs fonctionnent ou sont à l’étude en Russie, Chine, États-Unis, au Japon, en Inde. En France, nous avons fermé le projet Astrid.

Autre solution, le thorium. Il est plus qu’abondant sur terre, et il est moins proliférant que l’uranium.

Quant à la fusion nucléaire, aucun déchet, un seau d’eau de mer sera l’unité de mesure pour 30 ans d’électricité renouvelable pour chaque humain, elle sera sans doute au point avant 5.000 ans ou 10. 000 ans, lorsque nous aurons fini de brûler notre combustible nucléaire usagé.

Ces solutions existent, l’Europe et l’Allemagne n’ont sans doute aucune autre issue.