À contre-courant sur le minerai de fer

Différents chroniqueurs se sont émus, y compris dans ce journal, de la nouvelle situation de prix du minerai de fer. En général, ces idées nous entrainent dans le sens d’un cartel du fer que je ne crois pas réel. Production mondiale minerai de fer

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Premier point. A ce jour, il n’existe ni cartel ni d’entente sur les prix entre les trois grands mineurs que sont BHP Billiton, Vale et Rio Tinto. En 2008, ils n’ont représenté « que » 43% de la production mondiale. Si les prix sont en hausse depuis 2007 c’est que la demande est elle aussi en hausse, et l’offre a suivi. En 2008-2009, la crise a faiblement touché le secteur des aciers asiatique.

Deuxième point. Il n’existe pas un prix du minerai de fer mais plusieurs. Ils reflètent la teneur en minerai et différentes formes commercialisées. A présent, les plus faibles teneurs, moins chères, vont être de plus en plus affinées pour capter des prix plus élevés. Il existe encore une réserve de produits.

Troisième point. La levée de l’incertitude sur la signature des grands contrats en Asie contribuera à dégonfler le trading intra-chinois et le prix spot du minerai de fer. Un accord sur la moyenne de ces prix sur les mois d’avril, mai et juin 2010 a été signé. Certes les prix sont actuellement beaucoup plus élevés que l’ancien prix annuel qui a couru jusqu’au 31 mars 2010. Mais comment croire que les groupes miniers n’auraient pas obtenu un nouveau prix annuel à courir jusqu’au 31 mars 2011 à la hauteur des défis commerciaux du spot actuel ?

Quatrième point. Le cours spot est roi et les consommateurs vont pouvoir agir eux aussi sur les cotations. Ils constateront une baisse des prix lorsqu’ils restreindront leur consommation voire lorsqu’ils remettront sur le marché des matériaux en excédent. Ce n’était pas le cas avant. C’est pourquoi il leur est vivement conseillé de bien vérifier comment est fabriqué ce prix spot (cf. la constitution d’autres prix OTC. Le rhodium par exemple).

Cinquième point. Cette nouvelle formule encourage de nouvelles productions. De nouveaux produits financiers se développeront et de nouveaux mineurs les utiliserons pour « hedger » ces futures productions. Le prix reflétera enfin le coût marginal.

Sixième et dernier point. Je vois quelques aciéristes décontractés, les heureux propriétaires de mines de fer et de charbon, presque autosuffisants en minerais, suivez mon regard…Toute hausse de prix leur donne un formidable avantage concurrentiel. Au fur et à mesure ils risquent d’absorber leurs concurrents moins bien placés et contribueront à équilibrer le dialogue avec les mineurs. L’intérêt général est sauf.

Au fond, pour l’investisseur que vous êtes vous, le choix réside entre acheter des mines de fer ou bien des aciéristes intégrés.
Publié dans Les Échos le 15 04 2010

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