Écosse : le pétrole ne suffira pas à assurer l’indépendance. Scotland: Oil will not be enough to ensure independence (see below)

Publié dans Les Échos le 10 09 2014

Riche en hydrocarbures, l’Ecosse ne peut pas compter uniquement sur son pétrole pour s’assurer une indépendance prospère vis-à-vis du Royaume-Uni

En 1995 l’indépendance du Québec fut refusée à  55 000 voix, le Non gagna avec 50.58%. En Catalogne, en 2009 et 2010 des consultations populaires et donc non officielles ni engageantes étaient organisées mais elles n’attiraient qu’environ un tiers des électeurs qui votaient cependant à 95% en faveur de l’indépendance. En Ecosse, avant le 18 septembre,  les sondages peinent à départager les deux parties.

De ces trois régions, deux ont une forte dominante ressources naturelles : le Québec et ses mines, l’Ecosse et ses hydrocarbures. D’aucuns pensent que les taxes tirées de la production ces matières premières sont à elles seules suffisantes pour assurer un confort à l’indépendance. Naturellement c’est inexact.

Du point de vue du pétrolier ou du mineur, un bon gisement trouve toujours un bon financement, mais une belle indépendance doit d’abord tranquilliser les investisseurs sous différents aspects.

Foncier

A qui appartiendront la terre et la mer ? L’indépendance de l’Ecosse nécessite un nouveau tracé de la ligne de démarcation entre les eaux  écossaises et anglaises. C’est facile à dire ! La richesse pétrolière sous-marine imposera des négociations qui ne doivent pas durer longtemps. On imagine avec difficulté les deux nouveaux pays s’affronter en mer à la Braveheart ! Enfin là-haut tout en envisageable, d’ailleurs si l’on parle beaucoup du déménagement la base sous-marine  anglaise située en terres  écossaises, le titre de propriété de Balmoral deviendra-t-il également une question ?

Gisement

En Ecosse le peak oil date de 15 ans : 4.56 millions de barils en 1999 contre 1.45 millions de nos jours. Mais il y aurait encore l’équivalent de  1 200 milliards d’Euro de pétrole et de gaz dans les eaux écossaises. Toutefois, à ce jour, tout n’est pas exploitable pour des raisons aussi bien techniques qu’économiques. Cependant la technique progresse chaque jour, cf hydrocarbures de roche mère, et ces progrès abaissent le coût d’exploitation. En outre des découvertes de nouveaux champs d’hydrocarbures sont toujours possibles mais ces dernières éventualités ne  doivent raisonnablement pas peser dans le débat.

Fiscalité

En Ecosse,  la fiscalité des hydrocarbures est basse comparée à la Norvège. En fonction des prix du pétrole et du gaz, depuis 1998, elle évolue entre des extrêmes de 2% à 8% du PNB écossais et une moyenne à 3.5%. Mais dans le même temps les champs d’hydrocarbures sont moins riches et plus couteux que par le passé. A l’avenir, ils nécessiteront un prix du pétrole élevé (l’indépendance ne permettra pas de maitriser le prix du pétrole et du gaz) et des coûts d’exploitation contrôlés pour dégager une rentabilité permettant un revenu fiscal susceptible d’alimenter un fond souverain pour les générations futures.

Compétence

En Ecosse, environ 200 000 personnes travaillent dans l’industrie pétrolière et gazière, tous ne sont pas écossais. En effet, il n’y a pas de société nationale écossaise à la manière de Statoil en Norvège ou bien Saudi Aramco dans le Golfe.  Si la rentabilité le permet, des sociétés étrangères feront le travail, par exemple les nombreuses petites sociétés spécialisées dans l’extraction de puits en fin de vie. Mais si les taxes sont trop élevées une société nationale, par exemple Scot-Oil, sera rapidement nécessaire. Il y a sans doute un nouveau modèle économique à inventer.

Réglementation 

Une industrie pétrolière nécessite une régulation pointue pour la délivrance des permis, les contrôle, la sécurité… et cette administration semblerait devoir être créée de toute pièce par le nouvel état écossais. De nouveau, le temps  jouera contre le nouveau pays s’il ne réussit pas le tour de force de construire cette bureaucratie rapidement ex-nihilo.

Investissement

Du pétrole en terre ne tranquilliseront jamais comme du pétrole déjà en banque. Toutefois si  les investisseurs craignent l’absence de réponse positive aux conditions ci-dessus,  la diaspora écossaise est suffisamment large, notamment à Londres, pour qu’elle prenne le risque financier d’Edimbourg.

Conclusion 

Il est difficile de voter à la fois avec sa raison et ses émotions, mais vendre un projet d’indépendance sur le seul chapitre des ressources naturelles est un mirage. Toutefois, « impossible » n’est pas écossais et si les nombreuses conditions techniques, qui restent dans le domaine du possible,  sont réalisées, avec de la chance nous serons spectateurs d’une aventure réussie.

Publié dans Les Échos le 10 09 2014

Scotland: Oil will not be enough to ensure independence

Rich in hydrocarbons, Scotland cannot rely solely on its oil to ensure a prosperous independence from the United Kingdom

In 1995 Quebec’s independence was refused by 55,000 votes, the No won with 50.58%. In Catalonia, in 2009 and 2010 popular and therefore unofficial and non-engaging consultations were held, but they attracted only about a third of the voters, although 95% of them voted in favour of independence. In Scotland, before September 18, surveys have difficulty separating the two parties.


Of these three regions, two have a strong dominant position natural resources: Quebec and its mines, Scotland and its hydrocarbons. Some believe that taxes from production these raw materials alone are sufficient to ensure comfort for independence. Of course this is inaccurate.

From the point of view of oil or minerals, a good deposit always finds good financing, but a good independence must first calm investors in various aspects.

Who will own the land and sea? The independence of Scotland requires a new demarcation line between Scottish and English waters. That’s easy to say ! The underwater oil wealth will impose negotiations that should not last long. It is difficult to imagine the two new countries competing at sea à la Braveheart! Finally, up there, while still conceivable, if it is talked a lot about moving the English submarine base located on Scottish land, will Balmoral’s title to the property also become a question?

In Scotland peak oil dates back 15 years, 4.56 million barrels in 1999 compared to 1.45 million today. But there would still be the equivalent of 200 billion euros of oil and gas in Scottish waters. However, to date, not everything is exploitable for both technical and economic reasons. However, the technique is improving every day, cf shale oil, and this progress reduces the operating cost. In addition, discoveries of new hydrocarbon fields are always possible, but these latter eventualities should not reasonably influence the debate.

In Scotland the taxation of oil and natural gas is low compared to Norway. Depending on oil and gas prices, since 1998 it has ranged from extremes of 2% to 8% of Scottish GNP to an average of 3.5%. But at the same time, the hydrocarbon fields are less rich and more expensive than in the past. In the future, they will require a high oil price (independence will not allow the price of oil and gas to be controlled) and controlled operating costs to generate a profitability that will allow a tax revenue that can feed a sovereign fund for future generations.

In Scotland, about 200,000 people work in the oil and gas industry, not all of them Scottish. Indeed, there is no Scottish national society like Statoil in Norway or Saudi Aramco in the Gulf. If the profitability allows, foreign companies will do the work, for example the many small companies specializing in the extraction of end-of-life wells. But if the taxes are too high, a national company, for example Scot-Oil, will quickly be needed. There is probably a new economic model to invent.

An oil industry requires sophisticated regulation for licensing, control, safety… and this administration would seem to have to be created from scratch by the new Scottish state. Again, time will play against the new country if it does not succeed in building this bureaucracy quickly ex-nihilo.

Oil in the ground will never calm like oil already in the bank. However, if investors fear that the above conditions will not be met, the Scottish diaspora is large enough, particularly in London, to take the financial risk of Edinburgh.

It is difficult to vote with both reason and emotion, but selling an independence project on the natural resources chapter alone is a mirage. However, “impossible” is not Scottish and if the many technical conditions, which remain in the realm of the possible, are met, hopefully we will be watching a successful adventure.