EDF, Russie, ressources et abondantes terres rares

J’intervenais récemment à EDF à propos de la Russie, dans le cadre d’un séminaire sur les ressources naturelles. Un rapide parallèle avec l’Afrique (Lorsque le consommateur africain se réveillera, la Chine tremblera !) indiquait des gisements géologiques similaires. Mais l’Afrique ce sont 53 pays, 30 millions de km², 1 milliard d’habitants, tandis que la Russie ce sont 17 millions de Km², environ 142 millions d’habitants dont moins de 30 millions d’habitants sur 75 % du territoire à l’est de l’Oural. Là sont des richesses encore inexploitées.

Comment parler de la Russie sans aborder le lien entre la religion russe orthodoxe et les ressources naturelles nationales ? Sans entrer dans une analyse mystico-malthusienne et, pour qui veut aller au delà des mots, la publication « doctrine sociale de l’église russe orthodoxe » donne quelques clefs.

Après ce préambule, quittant le troisième personnage de l’Etat, nous rejoignions les deux premiers et la stratégie industrielle des ressources naturelles. C’est à dire : assainir les entreprises du secteur, regrouper les richesses en conglomérats, maîtriser la rente, projeter les champions nationaux dans le monde. Elle est lisible comme la stratégie d’une entreprise privée. Le thème de la rente autour de trois exemples (énergie, minéraux et métaux) illustrait quelques difficultés de gestion fiscale alors que les flux et les prix ont d’importantes amplitudes. Elle était aussi l’occasion d’expliquer que les intérêts de Moscou et des importateurs de produits russes convergent vers une transparence des prix.
Ces réformes participent à l’augmentation du niveau de vie et l’émergence d’une classe moyenne heureuse d’avoir des crédits pour acheter des maisons et des voitures, d’une population satisfaite de cette longue stabilité politique et de ses voyages à l’étranger. Elle retourne aux autorités deux « baby-boom » (2003 et 2010) et crédite le Premier ministre d’un taux de satisfaction équivalent à celui du brésilien Lula, 80 %. Un ami de Moscou, d’un âge expérimenté, m’indiquait que cette conjonction florissante était tout simplement du jamais vu dans l’histoire russe.

Au moment des questions, nous abordions l’intérêt pour une firme d’avoir un négoce physique intégré et dédié aux matières critiques. L’intérêt n’échappe plus à personne : informations, prix, sécurité, flux, marges, tout est bon à prendre. L’important n’est plus d’acheter à un bon prix mais d’avoir un coût inférieur au concurrent, et la dernière communication de Cameco, le géant de l’uranium, est pleine d’enseignements. Audaces fortuna juvat.

Les terres rares n’échappaient pas non plus au débat. Si la Chine produit 97 % de l’offre mondiale, elle ne dispose en 2009 que de 36 % des réserves, la Russie 20 %, les Etats-Unis 15 %, l’Australie 5 %, le reste du monde dont le Canada et le Brésil 24 %. Donc, elles sont abondantes. Elles ne demandent qu’à être exploitées. La mine est aisée, peu coûteuse, mais c’est un goulot d’étranglement écologique. Si la production chinoise augmente de 8 % en glissement annuel, les premières nouvelles mines opérationnelles hors Chine produiront moins de 10 % de la production mondiale entre 2010 et 2015. D’autres projets prendront corps ultérieurement, le ratio s’améliorera, mais développer une mine prend du temps. Le raffinage (mise sous forme d’oxydes ou bien de métal extra purs) est plus complexe, au moins une société française dispose d’un savoir faire. L’utilisation n’est pas nouvelle mais les applications rejoignent l’avenir proche et le futur lointain. Les prix sont orientés à la hausse pour quelques années. Les plus critiques, le neodynium et le praseodymium sous forme de métal, sont passés de 6-7$/livre en 2006 à 30-35 $/livre aujourd’hui. Les prix à l’extrémité de la chaîne de valeur sont beaucoup plus élevés et la hausse est loin d’être terminée.

C’est le schéma classique déjà rencontré, notamment pour la tension du platine et du palladium dans l’automobile. Cette fois-ci ne sera pas différente, toute l’industrie va ensemble dans la même direction et l’impréparation du tropisme industriel est toujours la même. Dans ce cas, l’important reste d’acheter moins cher que le concurrent et une belle société de trading fait merveille. Puis-je vous recommander la lecture d’Après l’or, l’intelligence et les matières critiques, cqfd.

Publié dans Les Echos le 06 10 2010

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