Indépendance électrique en Europe ; je préfère EDF

L’observation de la production électrique du Royaume–Uni et de l’Allemagne, et leurs futures évolutions provoqueront une dépendance accrue aux ressources naturelles étrangères.

En y regardant à deux fois, la situation de l’indépendance électrique du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France est très contrastée.

Comparée à son zénith de 2006, la tendance 2018 de la production électrique britannique relevée par le DBEIS de Londres indique une décroissance d’environ 16 %. Dans ce contexte baissier, l’an dernier

Les centrales à gaz produisaient environ 39 % de la production électrique nationale,

Le nucléaire 20 %,

Le charbon 5 %,

Le fuel 0.5 %,

L’éolien 20 %,

Le solaire 1.5 %,

La biomasse dont la combustion du bois importé des États-Unis 11 %,

L’hydro 2 %, autres 1 % ;

Mais, les importations d’électricité française étaient en hausse outre-Manche et équivalente à 6 % de la production. Ce sont bien sûr 6 % d’électricité nucléaire. Elle est consommée en plus au Royaume-Uni dès que les moyens de production locaux sont en intermittence, ou bien tout simplement sous-dimensionnée.

Le constat indique un avenir de l’indépendance électrique d’Albion opaque, voire une sorte de catastrophe annoncée. En cause une anticipation d’évènements et de décisions :

Attrition des réserves en gaz.

Abandon des compétences nucléaires nationales.

Importation d’éoliennes. Pas de constructeur national donc pas d’acquisition de connaissances industrielles locales.

Conversion de centrales électriques à charbon en centrales au fuel, mais aussi celle de Drax Energy fonctionnant au bois importé des États-Unis avec un bilan carbone très controversé sans parler de l’appauvrissement des espèces végétales.

Libéralisation et multiplication des distributeurs d’électricité entraînant des faillites ; 8 en 2018, et déjà une autre début 2019.

Consommateurs sans fournisseur électrique fiable.

Croissance des importations d’électricité de France, Belgique, Pays-Bas, Irlande.…

Total, en dépit d’une excellente et croissante production d’électricité éolienne, la stratégie future électrique britannique est dans un désarroi encore aggravé par la déchirure du Brexit. Celui-ci repousse les investisseurs japonais, et peut-être chinois, en charge de construire les centrales nucléaires du futur, forçant l’électricité anglaise à trois dépendances. L’une rattachée aux éoliennes chinoises, danoises ou allemandes; une autre liée aux importations de GNL-gaz-de-schiste étatsunien ou au gaz russe ; la troisième amarrée aux importations d’électricité nucléaire en provenance du continent. Winston aurait probablement cauchemardé d’une telle stratégie d’indépendance électrique qui ressemblerait presque, humour en moins, à la devise de la commune libre de Montmartre : « Pour ce qui est contre… Contre ce qui est pour ».

De son côté, en Allemagne la Fraunhofer voyait en 2018 une production électrique moins dispersée.

Les parts du charbon et du lignite étaient à 38 %,

Celle du nucléaire à 13 %,

Le gaz à 8 %,

Autres dont le pétrole 2% ;

La performance de la transition électrique permettait au pays de compter en moyenne sur près de  20 % d’électricité éolienne,  8 % solaire,  8 % biomasse,  3 % hydro.

Toutefois, cette proportion éolienne est hautement variable. Par exemple, entre le 1 et le 15 janvier 2019 la part de production électrique éolienne allemande par rapport à la production nationale passait successivement de : 35 %, 33 %, 19 %, 32 %, 39 %, 18 %, 26 %, 53 %, 43 %, 11 %, 28 %, 44 %, 58 %, 48 %, 45 %, 40 %..

En contrepartie celle du charbon, du lignite et du gaz faisait sur la même période : 26 %, 36 %, 54 %, 44 %, 37 %, 53 %, 49 %, 25 %, 34 %, 62 %, 49 %, 32 %, 17 %, 28 %, 32 %, 36% .

Vive l’accordéon ! Mais, cette danse est coûteuse.

La répétition de démarrages puis arrêts de centrales électriques au gaz ou charbon pour équilibrer l’offre et la demande coûte cher. Certains en ont jeté l’éponge. Cela coûte cher également d’effacer des consommateurs pour éviter la rupture de réseau, cf. la presque panne européenne du 13 janvier liée à l’arrêt de production des centrales en surcapacité vers 21 h.

En outre, la future stratégie de transition électrique allemande est dans le plus grand trouble, car le 1er février prochain Berlin publiera son rapport énergie. Celui-ci fixera la date à laquelle l’Allemagne cessera de produire ses 40 % d’électricité au charbon et au lignite.

Outre l’enjeu social, 20 000 mineurs et électriciens du charbon y ont un emploi, outre le coût des compensations au bénéfice des entreprises notamment RWE, le remplacement du charbon signifie plus de gaz. D’où viendra-t-il ?

Après les abandons du nucléaire, du charbon et du lignite, et avec de nouveaux moyens éoliens, peut-être que l’Allemagne produira à partir de 2030 chaque jour 65% d’électricité renouvelable et 35% d’électricité au gaz. Cependant, il n’y aura plus de filet de sécurité et comme pour l’Angleterre, ce résultat provoquera de nouvelles et fortes dépendances. L’une sera le solaire chinois, l’autre concernera le gaz russe, moins cher que le GNL-gaz-de-schiste étatsunien. Ce débat gazier a déjà un coût politique européen puisqu’il nous renvoie invariablement vers ce billet à propos du Danemark, de la Pologne, de l’Ukraine et des populismes et nationalismes énergétiques européens.

Que conclure ?

Nos deux chers voisins européens ont chacun pris le grand tournant de la transition électrique. Ils produisent chacun plus d’électricité climatique que nous, ils ont chacun des prix de l’électricité au consommateur plus élevés qu’en France, et ils sont chacun en passe de perdre leur indépendance électrique.

Baser sa stratégie sur une idéologie climatique ne semble pas la clef d’une future indépendance électrique. Loin d’être dépendante à l’uranium (que l’on trouve un peu partout et pour pas cher), la France dispose d’une électricité coûtant moins cher, grâce à des centrales nucléaires qui ont tendance à vouloir vivre plus longtemps.

À l’avenir, si elles sont activement secondées par des renouvelables, elles nous éviteront, sans carbone, les effondrements de réseaux liés à l’intermittence du vent ou du soleil. Mais c’est ici que l’on aime plus l’EDF construite pour l’indépendance électrique par les électriciens d’il y a 40 ans, et que l’on aimerait aimer l’EDF de demain : celle de l’indépendance électrique offerte par l’économie circulaire du nucléaire.

En effet, notre future stratégie d’indépendance électrique peut signifier adopter cette économie circulaire en recyclant les déchets de nos centrales actuelles en combustible des centrales de demain (RNR). Ce sujet a été largement évoqué ici même. Une fois transformés en combustible, ces « déchets » déjà stockés sur notre sol représentent dès maintenant environ de 15 000 à 20 000 années de notre consommation électrique actuelle ; voire entre 2500 et 5000 ans de la consommation électrique européenne si nous partagions cette électricité. Ce grand nettoyage offert par l’économie circulaire du nucléaire peut devenir l’indépendance électrique du continent de demain, avant d’aborder sérieusement l’étape suivante, la fusion.

Le 13 janvier 2019, la rupture de réseau électrique était imminente au niveau national et européen. La cause ? La baisse de consommation entraînant l’arrêt de production des centrales au gaz ou charbon et une erreur de mesure entre l’Allemagne et l’Autriche.

L’Europe est interconnectée c’est sa force et sa faiblesse. Si l’anticyclone d’hiver qui surplombe l’Europe s’accompagne d’une usuelle absence de vent, et bloque le rendement des éoliennes partout où elles comptent en Europe.

Publié dans Les Échos le 18 01 2019

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