La bonne santé du marché de l’huile de palme

Production en hausse, développement des biocarburants : le marché de l’huile de palme, en Indonésie et en Malaisie, a bien résisté à la concurrence et aux aléas climatiques.

L’huile de palme a vu son prix s’effondrer ces dernières années, passant sous 2000 RM la tonne en septembre 2014. Aujourd’hui, la tonne atteint près de 2200 RM. Si l’on exclut la disponibilité des terres cultivables, la production des deux grands pays producteurs, l’Indonésie et la Malaisie, est directement liée à l’âge des plantations et au phénomène météorologique d’El Niño.

Des rendements en hausse contre toute attente

L’âge des plantations est le premier élément nous indiquant que les récoltes actuelles sont issues d’arbres en général assez jeunes, plantés pendant la période 2007-2010. Ils auront de bons rendements jusqu’à une décroissance naturelle à partir de 2017-2018. Il existe cependant, dans l’intervalle, des périodes plus favorables que d’autres. 2013 était une année de faible rendement, 2014 l’inverse, 2015 qui était attendu en baisse, même les palmiers ont besoin de repos, se révèle élevée.

Le phénomène météorologique : El Niño, permet d’élaborer des stratégies de trading, mais il n’est pas un facteur décisif d’investissement. Son impact est cependant déterminant car le stress hydrique diminue la production et dynamise les prix de l’huile de palme. Dans le passé, suivant les lieux, pour des réductions de production de 4% à 20% dans les 12 mois qui suivirent le phénomène, et suivant les crises, les augmentations de prix furent de 20% à 115 %. Cette année, malgré les avertissements météorologiques, la production d’huile de palme malaisienne de mars se situe au-dessus des moyennes annuelles des cinq dernières années.

Des biocarburants pour doper la consommation

Du côté de la consommation, les trois premiers marchés sont l’Inde, la Chine et l’Europe via les Pays-Bas. Mais la concurrence entre différentes sources d’huiles est sévère. Par exemple, des prix du soja en baisse signifieront, comme c’est le cas cette année, une baisse des importations indiennes et chinoises d’huile de palme aux usages domestiques ou alimentaires.

En conséquence, l’Indonésie déploie sa stratégie de nationalisme des ressources et de soutien à ses producteurs en encourageant, comme la Malaisie,  la consommation d’une partie grandissante de sa propre production d’huile de palme dans sa filière biocarburant. Le dosage de 5% est passé à 15% avec un objectif prochain d’atteindre 20%. Des centrales électriques fonctionnent déjà avec du diesel bio à 20%.

Cependant la concurrence « inattendue» liée à la baisse des prix du pétrole handicape sérieusement la rentabilité de cette filière biocarburant à base d’huile de palme, elle doit être subventionnée.  En février dernier,  l’aide du gouvernement indonésien était l’équivalent d’environ 0.30 € le litre, une hausse de plus de 165% par rapport à l’an dernier. Depuis non seulement elle a évolué vers une formule plus complexe et directement liée à la cotation de l’huile de palme, mais le gouvernement envisage  des allègements fiscaux et une taxe export pour soutenir ses producteurs.

Des prix stables jusqu’en septembre

Sans être un marché complexe, l’huile de palme connait une concurrence mordante de la part du soja, une production 2015 qui surprend à la hausse, des stocks d’huile importants en Malaisie et en Indonésie et une réduction des importations indiennes et chinoises qui propulse la compétition pétrole-huile de palme-diesel bio comme le facteur décisif du marché en 2015.

Par conséquent, outre des raisons conjoncturelles telles que la nouvelle taxe export indonésienne, les prix de l’huile de palme qui sont en général plus élevés entre octobre et avril ne devraient pas connaitre de dynamique particulière entre mai et septembre 2015.
Publié dans Les Échos le 22 04 2015