Le chant du cygne du platine et palladium (bis)

L’expérience des marchés des platinoïdes permet d’anticiper les tensions sur le lithium, uranium, bore, indium, rhénium, nickel…

Il y a quelques années, le 8 mars 2010, j’écrivais ici même que pour les investisseurs le platine et le palladium avaient perdu leurs attraits. Depuis 6 ans cette vision n’a jamais été démentie par les prix, depuis 6 ans la baisse est continue.


Plusieurs raisons expliquent le phénomène.


Premièrement les producteurs ont été très lents à réagir, c’est-à-dire à reconnaitre que les coûts de production s’envolant, des mines de métaux précieux pouvaient produire à perte. Ils ont tardé à éliminer du paysage les productions ou les mines trop couteuses ; le mimétisme est grand avec le nickel actuellement.


Deuxièmement l’équilibre de l’offre est désormais largement le fait du recyclage des pots catalytiques usagés. Bien qu’un seul pot sur deux soit en moyenne recyclé, de vieilles automobiles disparaissent sans être démantelées, ces quantités de platinoïdes sont toutefois très importantes et obturent les envolées de prix. La métaphore est encore évidente avec le NPI dans la production du nickel.


Troisièmement la demande environnementale a probablement atteint un pic pour deux raisons. Les quantités globales d’automobiles et d’engins motorisées de toutes sortes (camions, engins de chantiers, outillages…) dont les moteurs doivent être catalysés sont encore en hausse, mais la quantité de platinoïdes unitaire n’aura cessé de baisser. En outre les motorisations alternatives qui s’imposent, électriques notamment, n’ont pas de catalyseurs. Enfin, la demande bijoutière a été très faible en Chine après la récente campagne anti-corruption; non pas que le platine et palladium soient des métaux corrupteurs, mais cette politique entravait l’ensemble du secteur du luxe.


Quatrièmement les stocks de métaux physiques dans les mains des investisseurs sont toujours trop élevés pour ne pas entraver des hausses de prix.


L’ensemble a contribué à cette baisse des prix du platine et du palladium; prévue il y a 6 ans, il est nécessaire de l’utiliser pour une dernière vision. L’expérience peu commune de ces marchés des platinoïdes accumulée au cours des crises des trente dernières années permet d’anticiper la gestion des tensions qui se sont déjà produites et continueront de se produire pour les ressources naturelles dites « électriques » : lithium, uranium, bore, indium, rhénium, nickel… CQFD.
Publié dans Les Échos le 09 12 2016

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