Nationalisme des ressources ou nationalisme des emplois ?

Freeport Mc MoRan, China Molybdenum, Gecamines, Lundin sont au centre du nationalisme des ressources, tandis que l’acier mondial est au centre du nationalisme des emplois.

Deux évènements s’affirment comme déterminant dans la future actualité.
Comme nous l’écrivions pour M&B en mai dernier , en République Démocratique du Congo la vente de ses 54% dans la mine de cuivre et de cobalt de Tenke Fungurume Mining par Freeport Mc MoRan à China Molybdenum, permet à l’américain de se désendetter et au chinois d’acquérir une nouvelle position dominante dans le marché du cobalt pour une petite somme, 2.65Milliards de dollars. Si avec l’apport de TFM la Chine maitrise plus de 60% de l’affinage du cobalt mondial, elle est dépendante à plus de 90% de la RDC pour son approvisionnement. Mais TFM est également détenue à hauteur de 24% par Lundin Mining (qui a la possibilité de surenchérir jusqu’au 15 septembre) et surtout à hauteur de 20 % par la Gécamines, la société minière nationale congolaise,  qui conteste cette cession. Cette dernière met en avant le nationalisme économique pour acquérir les 56% de Freeport Mc MoRan puis développer grâce à sa propre stratégie cette mine, et d’autres en RDC

Dans le monde entier, l’acier est en surproduction, 50% de l’acier mondial est produit en Chine. Le monde dispose 300 millions de tonnes de production excédentaire. Où doivent-elles être éliminées? Le dernier G20 met en avant un nationalisme de l’emploi et réclame des discussions à propos de ces surcapacités au sein du Forum de l’Acier de l’OCDE.

Ces deux actualités côte à côte révèlent que l’Afrique pense aux emplois de demain car si l’air chinois est pollué notamment par les gaz d’échappement des voitures traditionnelles ; le cobalt est important pour l’avenir des batteries des voitures électriques. Celui qui maitrise la chaine d’approvisionnement du cobalt atténuera la pollution de l’air en Chine et dans le monde, il maitrisera également l’aval, c’est-à-dire l’industrie mondiale des batteries. La RDC doit-elle rester une carte chinoise et exporter du minerai, ou bien industrialiser le pays en créant en RDC des unités de transformation, par exemple des usines de batteries, plutôt que d’exporter de la matière brute ? Contrairement à d’autres régions minières dans le monde, le cœur de l’Afrique dispose d’un immense potentiel d’hydroélectricité propre et il est un futur grand consommateur de produits innovants. C’est à ce double titre qu’il peut revendiquer d’être également grand transformateur industriel de ses minerais et notamment du cobalt.

De son côté la surcapacité d’acier révèle que les pays de l’OCDE ont déjà fait des efforts de réduction de capacité ; le premier pays exportateur d’acier vers l’Europe est la Russie, dopée par la dévaluation du Rouble ; la Chine connait des surcapacités non rentables, mais elle ne sait pas comment gérer des millions d’aciéristes futurs chômeurs, http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-154445-acier-la-chine-sait-elle-gerer-le-chomage-1202384.php elle ne sait pas gérer le chômage . En effet les 100 millions de tonnes d’acier chinois exportées sont achetés à 90% non pas par l’Europe ni par les États-Unis mais par le reste du monde : l’Inde est en consommation croissante tout comme l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. La fermeture d’aciéries en Chine ne fera que stabiliser un prix plancher, seule une meilleur demande permet une hausse des prix et de sauvegarder des emplois.

Mais ce nationalisme de l’emploi dans la transformation du minerai en acier ne sera positif dans les pays de l’OCDE qu’après mutations vers de petites unités spécialisées à four électrique et non plus dans de grands groupes intégrés ; la décroissance molle a raison des économies d’échelle et privilégie l’innovation.

Si en RDC le nationalisme de la ressource à propos du cobalt préfigure les perspectives d’emplois de demain – en Chine ou bien en RDC-, la mondialisation de l’acier ne peut guère que stabiliser les emplois d’aujourd’hui, mais ils sont utiles pour de nombreuses industries et il faut donc les garder.
Publié dans Les Échos 13 09 2016

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