Pourquoi privatiser Aramco en pleine guerre  ?

In la Tribune 16/09/2019

L’attaque par drones ce week-end des installations pétrolières en Arabie saoudite a fait s’envoler les cours du Brent ce lundi de presque 20%. avant de refluer. Les dommages créés par cette attaque, revendiquée par la rébellion houthie au Yémen, a perturbé la moitié de la production, soit l’équivalent de quelques 6 % de l’offre mondiale. Cette opération intervient alors que l’Arabie Saoudite prépare l’introduction en Bourse, à Londres et Hong Kong, d’Aramco, un enjeu vital pour le pays.

Il y a presque quatre ans, début janvier 2016, l’Arabie Saoudite annonçait la future privatisation de sa société pétrolière nationale, Aramco. À l’époque, un diagnostic était posé. Depuis 1981, la rente pétrolière représentait en moyenne 81 % des revenus du pays, mais elle dérivait régulièrement depuis 2010 vers les 90 %, et avec la transition énergétique les prix du pétrole baisseront. Simultanément, les dépenses ne cessaient d’augmenter à un taux moyen annuel de 18 % depuis les années 1970. L’ancien chemin tracé dans le désert du passé était perdu, l’équilibre du budget n’était plus possible, les revenus étant trop volatiles. Ils s’écroulaient d’une année sur l’autre, en 2008-2009 de 54 %, plus récemment, entre 2014 et 2016, la baisse des prix du pétrole était telle que le solde des comptes de l’état passait d’un excédent de 43 milliards d’euros à un déficit de 88 milliards d’euros. Riyad réduisait instantanément ses dépenses de 26 %, mais, simultanément, autre évènement traumatisant, le pays devait contracter une dette durable. De 76 milliards d’euros, elle était projetée en 2020 à 177 milliards d’euros — chiffre supérieur au budget 2017 —, puis en 2023 à 75 % du budget de l’Etat.

La privatisation est nécessaire

Baisse des revenus, écroulement des dépenses publiques, spirale d’une dette dont la gestion serait fragilisée par l’imprévisibilité des revenus pétroliers, sans réforme le pays entrait dans une longue récession. C’est dans ce contexte que naissait la vision 2030 : rejoindre dès 2023 un équilibre entre dépenses et recettes en augmentant les revenus hors pétrole, revisitant la stratégie des dépenses publiques et donc des économies tous azimuts — notamment les subventions sur l’eau et l’énergie — et en dynamisant le secteur privé par des privatisions, dont celle d’Aramco.

Le plan est simple, il a cependant ses limites… lire plus

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