Intelligence économique : les Etats-Unis ont besoin d’Alstom

Cinq hypothèses pour l’affaire: World Company, NSA-PRISM, fusion à froid, survivre, anticiper.

L’historienne ou l’historien qui retraceront les évènements du dernier trimestre 2014 confirmeront une hypothèse parmi celles qui se proposent à nous.

Hypothèse ① : World Company
Ils nous confirmeront peut-être l’hypothèse macro-politique extrême : des évènements déterminés par un gouvernement mondial, celui-là même qui décide pour tous et à la place de tous. Cf les Guignols, la World Company et les frères Sylvestre: « il fut décidé que le Connecticut rachèterait l’entreprise énergétique du pays des fromages qui puent».

Hypothèse ② : NSA-PRISM “Ce qui a été fait ne peut être défait”
Deuxième possibilité, le hold-up, elle serait située à l’autre extrémité du spectre. C’est le micro-événement avec fort effet de levier. Par exemple X recueillerait dans ses éclisses des éléments gênants pour Y lui-même influent sur une société Z. Il devient plus facile pour X d’acheter Z si Y y consent.

Le continent éloigné qu’est l’Histoire nous offre ses clefs. Dans d’autres contextes, par exemple le refus de faire plier un succès qui dérange, n’apparurent-elles ces conséquences visibles : Elf, Alcatel-Alsthom ?

Ici, une Doctrine Energétique Nationale sans faille ne justifierait-t-elle pas une réaction ?

Entre ces deux extrêmes, une multitude d’hypothèses se proposeront, en voici trois parmi celles-ci.

” le diagnostic de l”objet observé est dépendant du sujet qui observe “
C’est le diagnostic de l’entreprise, une fois partagé par l’ensemble de l’entreprise  puis avis positif des tutelles il se terminerait par une absorption dépassionnée.

Mais, en dépit de l’aval du conseil d’administration, cette hypothèse serait éloignée de la réalité: les réactions d’incompréhension se multiplieraient à l’intérieur de l’entreprise, il n’y aurait pas de diagnostic partagé. Par exemple, en janvier dernier le Comité de Groupe ne notait-il pas le souhait d’une cession partielle, non majoritaire, du secteur Transport ? D’autre part, pourquoi ce diagnostic, s’il était partagé, se couronnerait-il par une campagne de communication sur le thème du choix entre “une peste et un choléra”? Pourquoi un ministre s’étranglerait en constatant qu’un groupe de 96 000 personnes changerait de propriétaire « dans le week-end » ?

Vendre ou bien se tourner vers des alliances ? Dans les turbines Shangaï Electric vient de s’allier avec une entreprise âgée de 160 ans, l’Italien Ansaldo Energia ; d’autres opportunités n’existeraient-elles pas chez les émergents? Par exemple   http://www.dongfang.com.cn/ Donfang Electric  , ou encore en Inde ?

Hypothèse ④ : ” Le passé n”éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres “
Une autre hypothèse vétérotestamentaire qui s’infirme également depuis que la poussière retombe est celle du groupe déjà enténébré qu’il faut céder pour survivre. Mais, « il n’y a pas le feu à la maison », donc acte.

En outre, pour autant que « conserver un savoir-faire » ait du sens, quelles motivations, quelle logique expliqueraient la vente d’un groupe solvable, dont les activités sont pour la plupart exceptionnelles et indispensable à la Doctrine Energétique Nationale ? Solution: Doctrine Energétique Nationale et léger capitalisme d’Etat sur la filière ?
  
Hypothèse⑤ : ” la fonction du gouvernement est de permettre aux bons de vivre parmi les mauvais “;
Enfin une dernière hypothèse toujours très populaire : les grandes difficultés à venir que l’on anticipe en « adossant l’entreprise à un grand groupe étranger » pour garantir l’avenir et des emplois en France. Déjà vu, par exemple au Comptoir Lyon Alemand Louyot, Bis repetita de la même école, résultat 10 ans plus tard : usine rasée et transformée en terrain vague.

Quelle valeur attachée à des promesses d’emplois sur trois ans pour des produits dont la mise au point et la durée de vie sont de plusieurs dizaines d’années. Quelle valeur attachée à  des promesses offertes à un exécutif dont le fonctionnement démocratique rend l’avenir incertain après trois ans ?  

Les ingénieurs de l’entreprise ne s’y tromperaient pas : « On sent une grosse colère chez eux sur le résultat de la gestion actuelle et la certitude qu’un rapprochement conduira dans 3-5 ans au démantèlement du groupe et une dissémination des équipes. Des frémissements de révolution assez surprenant pour des ingénieurs polytechniciens. »

En conclusion, l’histoire immédiate ne confirmerait-elle pas la thèse ?

En effet, selon les informations, pour sauvegarder la Doctrine Energétique Nationale, il resterait des armes au capitalisme d’Etat. Il débuterait sa mise en œuvre par le décret du ministère.
Publié dans Les Échos le 19 05 2014

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