Lithium Canada : le Grand Caribou est mort

Il n’y a plus de stratégie canadienne

Il était une fois, il y a très longtemps, un pays qui brillait par ses entreprises minières. Le Canada, c’est lui dont il s’agit, comptaient des champions mondiaux, notamment Inco, Falconbridge, Noranda. Ces champions ont été achetés par des drapeaux étrangers, le contrôle a été perdu ; Le Canada, terre de tolérance et de liberté, accepte tous et chacun.

Par conséquent, cela n’a probablement plus aucun sens de s’interroger à propos de la souveraineté canadienne sur les exploitations minières nationales. Tandis que dans les mines d’uranium la feuille d’érable est toujours là, dans le nickel, le fer et d’autres minéraux,  le drapeau canadien a cédé la place aux drapeaux suisse, brésilien… Il n’y a plus vraiment de règle.

De la même manière, pour les mines canadiennes situées à l’étranger, la stratégie est illisible.

L’avenir est à la propulsion électrique et dans ce domaine le nickel canadien, qui n’est donc plus dans des mains canadiennes, est le meilleur ami et le second du lithium.

Le premier producteur mondial de lithium, le Chilien SQM, appartient à hauteur de 32 % au  Canadien Potash Corp du Saskatchewan. Ce dernier souhaite fusionner avec son compatriote Agrium pour former la société Nutien,  un nouveau dominant mondial dans la potasse. Mais pour cela les autorités de contrôle imposent la vente des 32 % dans SQM. Le lithium est un produit d’avenir dans toute la mobilité électrique et pour des décennies. Céder une participation dans ce domaine, quel qu’en soit le prix, est un cadeau du vendeur à l’acheteur.

Y a-t-il  une stratégie de puissance nationale canadienne liée aux ressources naturelles ?  Y a-t-il  la recherche d’une influence internationale canadienne ? L’avenir du lithium était-il un moyen de l’exercer ? Dans ce cas, aurait-il été judicieux de suggérer, à Nutrien de vendre cet actif à un investisseur canadien, dans le but de tenter de conserver une main sur l’Histoire ?

Non, tout cela n’existe plus. Il y a plus d’un an, nous l’imaginions  dans la « Guerre des Batteries » et hier c’est le chinois Tianqi  qui emportait la mise. En vendant à Tianqi au nom du libre-échange, le Canada a renforcé un oligopole stratégique qui se construit autour de la matière et par conséquent qui s’exercera également sur les batteries de demain.

Inco, Falconbridge, Noranda, SQM,… le Grand Caribou canadien est bien mort.

Publié dans Les Échos le 18 05 2018

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