Areva, Eramet et les autres : un seul groupe minier en France !

Les mécanos industriels ne passionnent pas, sauf lorsqu’ils touchent à la stratégie des matières premières ! Les idées exprimées dans L’Etat lance une réflexion sur la stratégie minière de la France (point de départ : regrouper les actifs miniers des deux groupes Eramet et Areva), sont de la même veine que Matières premières et IE et L’élite, les ressources et l’IE. Loin d’être une originalité, ce rassemblement est cohérent avec la course à la taille menée par d’autres groupes miniers internationaux et, pour mieux ressembler au plus grand, un pied dans l’énergie ne serait pas inopportun.

Si, sur le papier, et comparé au marché, les moyens financiers de ce regroupement resteraient modestes, dans un second temps un renfort n’est-il pas envisageable ? Sera-t-il européen, tous azimuts (fonds souverains, concurrents, investisseurs…), ou bien tourné vers des « clients » à la recherche de verticalités ? Aux Etats-Unis, dans les années 70-80, les prises de participations d’électriciens vers l’amont, dans des mines d’uranium, ont été nombreuses. Inversement, lors de l’OPA d’un groupe métallurgique français par un concurrent étranger, un chevalier blanc, mineur, en quête de diversification vers l’aval était deviné.

Aujourd’hui, les transformateurs de ressources naturelles comprennent depuis longtemps que l’intégration verticale est favorable à l’EBITDA. Cependant ils ont peu de choix en amont, l’appétit de l’extrême-Asie prédomine :
–  Les aciéristes intégrés (nickel, minerai de fer, charbon, chrome) sont minoritaires mais plus compétitifs dès que les prix des minerais sont élevés. Dépourvue d’autosuffisance dans le nickel, la Chine a trouvé une certaine harmonie des prix par le truchement de la fonte de nickel.
–  Dépourvue de combustible nucléaire, l’Asie est cantonnée dans des participations minoritaires. Si les mines d’uranium susceptibles de devenir des cibles d’OPA sont peu nombreuses (mais elles existent) les juniors exploratrices se sont réveillées et rentrent dans cette offre.
–  Des régions dépourvues de technologie mais riches de ressources naturelles recherchent des échanges.

En résumé, offrir de valoriser des ressources ou bien de participer à un tour de table « géopolitique » transforment vos positions en stratégies de puissance.

Coté opérationnel, un responsable de l’une de ces deux sociétés me confiait que sa firme partageait cette vision de réunion d’actifs depuis longtemps, mais sans fixer l’emploi comme horizon. Un X-mines regrettait l’époque où l’on faisait ses classes « au fond ». Les analystes actions, notamment à l’étranger, fustigent les états-majors désertés de « mining engineers » ou de « commodities executives » expérimentés. C’est pourquoi, sauvegarder et mutualiser les compétences techniques reste un excellent objectif, de même que recréer des emplois disparus chez nous et présents ailleurs mais, surtout, imaginons ceux d’une nouvelle génération ! Le numéro un mondial a réussi l’exploitation de ressources naturelles minières et énergétiques sous une même marque. Un croisement de technologies via l’offshore dresse l’occasion et l’énergie de nouveaux métiers outre-mer.

Pour aller plus loin, le nickel, le manganèse, les alliages, l’uranium et l’or sont rarement complémentaires, mais ne cherchons pas ici de justification. L’opportunité réside dans l’équilibrage de cash-flows, la recherche de cycles non-corrélés, la diversification des productions, la recherche des synergies marketing, ainsi que dans une ultime perspective. Dynamique, cette NewCo peut mutualiser le négoce, l’approvisionnement, la recherche ou l’exploitation de matières indispensables à notre futur : platinoïdes, rhénium, bore, tantale, sélénium, indium, gallium, germanium, antimoine, lithium, niobium, béryllium, chrome, néodymium, vanadium, yttrium…

Tout cela n’est pas si compliqué. Donnons-nous en les moyens !
Publié dans les Échos le 01 04 2010

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