Huawei et l’infox des terres rares

En dehors d’un différend rapidement résorbé sur l’acier et l’aluminium, la guerre commerciale entre les États-Unis et le reste du monde n’a pas réellement touché directement les ressources métallurgiques et minières.

De même, et contrairement aux infox, l’offensive états-unienne anti-Huawei n’a pas déclenché de représailles chinoises sous la forme d’un embargo de ses exportations de terres rares. La Chine n’a d’ailleurs aucun intérêt à initier un tel blocus pour au moins deux raisons.

Premièrement la croissance de la production nationale de terres rares ralentit, car la Chine limite la production de toute son industrie métallurgique et minière afin de freiner son impact sur l’environnement. Elle a baissé aussi bien la croissance de la production d’acier, d’aluminium, de zinc, de minerai de fer, de charbon… que celle de terres rares. Et, depuis plusieurs années, elle maintient le niveau global de sa production de nombreux métaux grâce à des importations croissantes de minerais.

C’est pourquoi à l’inverse d’une infox qui indique qu’une guerre est menée par la Chine dans les métaux, depuis le début du siècle, le comportement chinois n’est ni belliqueux ni misanthropique lorsqu’elle a acheté la plus grande mine de cobalt de RDC à une société étatsunienne ; lorsqu’elle a reçu d’une société canadienne une participation de référence dans le leader mondial chilien du lithium ; lorsqu’elle a négocié avec succès l’acquisition de flux mondiaux de minerais de lanthanides pour ses usines; lorsqu’en qu’en contrepartie de leurs production, elle a financé des mines de métaux précieux et de métaux de base ; sans compter ses participations dans de nombreuses sociétés d’exploration minière.

Il n’y a pas eu d’embuscade chinoise, pas de présence militaire, aucun pays n’a guerroyé contre ses avancées minières, personne ne s’est opposé à son influence, cette guerre pour des métaux n’a jamais eu lieu … faute de combattant. C’était une infox, un canular.

En conséquence la production, la consommation et les exportations chinoises de métaux sont en partie prisonnières des importations de minerais de Pékin. Un embargo sur ses exportations de terres rares signifierait qu’une alliance se formera pour limiter ses importations de minerais.

En outre, l’arme terres rares, qui ne sont pas rares, s’est émoussée car le monde est moins dépendant de la Chine qu’en 2010. Il y a plus de producteurs, et en cas de rupture, les consommateurs s’organiseront pour que les flux de minerais orientés vers la Chine se déroutent vers la seule usine au monde capable de les traiter : l’usine française de La Rochelle (en attendant une JV opérationnelle entre Lynas et Blue Line au Texas). De plus la substitution et l’éco-conception ont commencé à en diminuer des usages.

Deuxièmement, la Chine est très dépendante. Un embargo brutal sur les terres rares impliquerait une série de répliques tout aussi rudes et dirigées sur ses importations d’autres ressources naturelles : métaux, agroalimentaires ou énergie. Dans notre monde où tout est permis depuis quelques années, moins d’exportations de terres rares d’un côté pourraient-elles entraîner moins de disponibilités de lithium, cobalt, nickel, minerai de fer, gaz, soja, viande de porc… de la part des alliés proches ou moins proches des États-Unis ?

Le monde des matières premières est rarement à sens unique

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