Mais d’où vient exactement l’information anti-voiture électrique ?

In La Tribune 8/12/2020

Ces dernières années, on a vu se multiplier des critiques convergentes remettant en cause le bien-fondé du développement de la voiture électrique pour lutter contre le réchauffement climatique : pollution supérieure à celle des modèles à essence et diésel en terme de bilan CO2 ; utilisation croissante de terres rares et autres métaux pour les batteries, ce qui va accélérer l’épuisement de nos ressources minières et nous rendre dépendants de la Chine ; dégâts environnementaux et humains (le travail des enfants en RDC est régulièrement pointé par des ONG).

Un récent documentaire que j’ai visionné, « À Contresens : Voiture électrique, la grande intoxication », réalisé par Jerôme Piguet produit de Suisse par Jonas Schneiter et Marc Muller de la maison NousProduction, montre après enquête que ces allégations sont sans fondement et relèvent plutôt de fake news.

Si la RTBF, la télévision belge, s’apprête à diffuser ce documentaire, en revanche, le public français ne pourra pas le visionner dans l’immédiat. Au contraire, Arte et France-Info dans leurs récentes programmations font plutôt la part belle aux anti-voitures électriques.

Toutefois, si vous êtes impatients d’en apprendre davantage, ce billet de Claudio Rumolino « spoile » le sujet.

Faits et témoignages

Ainsi, l’enquête apporte des faits et des témoignages sur le cobalt et le travail des enfants en RDC, sur le basculement du pétrole vers les métaux, sur le lithium, sur le recyclage des batteries, sur l’inexistante « guerre de métaux » confondue avec le « Grand Jeu des métaux ». Elle rappelle également que les « métaux rares » n’existent pas, que les « terres rares » ne sont pas rares, et que contrairement à ce qui est martelé, elles sont peu présentes voire absentes des véhicules électriques ce qui est loin d’être le cas pour les voitures essence et diesel. Bref, il s’agit d’une convaincante réfutation de fake-news anti-voiture électrique  qui se prolongera sans doute par la suite sur l’hydrogène.

En outre, deux séquences de ce documentaire attirent l’attention même si les sujets ne sont que mentionnés.

Lobby pétrolier ?

La plus importante : la propagation de fake-news anti-voiture électrique est-elle liée au lobby pétrolier  ? Au milieu du documentaire les journalistes s’interrogent notamment sur l’activité des richissimes frères Koch, d’origine texane, industriels du pétrole mais aussi du négoce de matières premières, activistes et soutiens financiers de Donald Trump. Ils ont financé une thèse anti-électrique dont l’orientation épousait tant celles de porte-voix actuels de l’anti-voiture électrique qui radicalisent l’opinion et les débats, que le film ne peut s’empêcher de les rapprocher. Le spectateur s’interroge alors d’une part sur les interactions financières ou autres qui pourraient lier les pro-pétrole aux anti-voiture électrique et d’autre part sur les médias qui relayent ces thèses sans examiner, sans étudier le contradictoire, sans regarder les faits, sans s’interroger et favorisent le sensationnalisme, l’émotion délétère, la caricature. Chaînes de télévision, radios, journaux ne sont certainement pas complices d’un lobby, mais sont-ils devenus les victimes de ses messagers sans nuance ? Une séquence du film est d’ailleurs cocasse lorsque la mystification et l’ignorance d’un intervenant, célébré par nombre de médias, y sont révélées. Et que dira-t-on lorsqu’une telle enquête journalistique renversera ce château de cartes anti-électrique en examinant les conditions de publication d’un tristement célèbre livre sur les métaux?

Autre moment révélateur du film : les outils médiatiques des anti-voitures électriques. Notamment les études censées établir que la mobilité électrique émet plus de CO² que les voitures à essence ou diesel. Le spécialiste qui s’y intéresse à toutes les peines à en établir les sources, et donc leur financement. Elles se focalisent avant tout sur les métaux contenus dans les batteries. En revanche, elles sont reprises en boucle par nombre de porte-voix autoproclamés spécialistes de l’énergie, des métaux et de l’éco-blanchiment de la voiture électrique. Il n’est donc pas étonnant de les entendre citées sur les médias grand public : LCI, France 5, BFM, Eric Zemmour leur donnant même son propre poids sur Cnews, etc.

Retour à la réalité

Au contraire, le documentaire de Jonas Schneiter et Marc Muller fait, lui, un véritable travail de vérification. Par exemple en se rendant en République Démocratique du Congo, où est concentrée la production mondiale du cobalt ou au Chili avec le lithium. Tous les acteurs expliquent leur point de vue, plutôt nuancé et loin des clichés vus de Paris. De même, des scientifiques ou des industriels répondent de façon étayée aux fausses informations qui à force d’être répétées sans être vérifiées deviennent des « vérités » médiatiques. A l’exemple de ce professeur de l’Université de Lucerne qui déconstruit la célèbre étude affirmant qu’un Hummer pollue moins qu’une Toyota Prius : méthode incompréhensible, données sans origine de source, présentation biaisée, calcul des résultats opaque et donc erreurs dissimulées.

Et à la longue, le retour à la réalité va s’imposer. D’ores et déjà, les véhicules électriques sont un succès en Europe et en Asie, comme l’atteste le nombre croissant de ventes. Ce n’est pas encore le cas aux États-Unis, où les lobbies émanant notamment du secteur pétrolier qui a bénéficié du soutien de l’administration Trump demeurent encore très puissants.

Quoi qu’il en soit, la manipulation anti-voiture électrique et le trauma sur l’intégrité de l’information provoquent un tel malaise chez le spectateur que l’ensemble restera sans doute un cas d’école qui servira d’enseignement dans les écoles de journalisme et d’infoguerre !