Mythes et réalités des terres rares

Le marché des terres rares était un mythe mais il revient vers la réalité

Deux opportunités récentes permettaient d’exprimer nos vues sur les terres rares : dans le cadre du Dialogue Stratégique Informel entre la Chine et la France dirigé par le http://www.csfrs.fr Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégique à l’occasion du déplacement en France du premier ministre chinois, puis au parlement en audition publique devant http://www.assemblee-nationale.fr/commissions/opecst-index.asp l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques .

En 2010 la Chine ne supportât pas que ses marins pêcheurs soient détenus par les autorités japonaises. Après deux semaines d’emprisonnement du capitaine d’un chalutier, l’embargo sur les exportations de terres rares fut une réponse épidermique et probablement disproportionnée vis-à-vis de l’ennemi héréditaire nippon. Les pays européens eurent entre eux des réactions bien pires … dans des temps anciens.

Naturellement des centres de réflexion stratégique ou géopolitique, des instituts, des fondations, des think-tanks ou bien, prime d’une finance imparfaite, des gérants de fonds d’investissement spécialisés s’appuyèrent sur cette actualité pour construire le mythe d’une stratégie chinoise misanthropique déclarant une guerre économique au reste du monde. Stratégie basée sur le seul logiciel cérébral disponible, celui de la guerre froide, emboutissages mythiques.

La réalité, était une population chinoise rurale pauvre exploitant des terres rares pour notamment les livrer à des contrebandiers. Ne disposant que d’une technologie rustique et sans protection sociale, ces ruraux polluait la campagne et dégradaient leur propre santé, les villages alentours ne se nommaient-ils pas « les villages des cancéreux ».

De nos jours, la réalité est une production chinoise réorganisée, entre les mains de grands groupes nationaux, socialement plus responsables et qui doivent rendre des comptes à une autorité devenue impérieusement soucieuse de l’environnement. C’est également l’annulation des quotas d’exportation de terres rares chinoises au 1 janvier 2015 et des taxes export au  1 mai 2015. C’est l’écroulement des prix à des niveaux pratiquement équivalents à ceux d’avant 2010. Aux Etats-Unis c’est la mise de Molycorp sous la loi de protection des faillites comme nous l’écrivions ici en mai dernier ; c’est une France qui reste le premier affineur de terre-rares en dehors de la Chine avec son usine de La Rochelle.

Mais la réalité c’est également la question suivante que je posais dans le cadre de la CSFRS aux plénipotentiaires chinois accompagnants leur premier ministre il y a deux semaines : Pourquoi la Chine qui dispose de gisements de terres rares à profusion, souhaite-t-elle s’approprier la production du futur gisement de terres rares du Groenland ? Ne serait-il pas approprié de les exploiter en Europe ?


Dans le Grand Jeu de la consommation compétitive, la réponse est une Chine qui  deviendra bientôt importatrice de terres rares depuis qu’elle domine cette métallurgie. En effet, la Chine a compris notre faiblesse, celle-ci n’est pas un accès limité aux ressources mais celle d’une technologie en déréliction, trahie, apostasiée, immolée. C’est nous qui avons abandonné le terrain depuis que nos naufrageurs nationaux sabordèrent l’industrie française de transformation de métaux stratégiques.

C’est pourquoi, leader dans la transformation métallurgique, la Chine importera les terres rares de Suède ou du Groenland  pour nous les restituer sous la forme de produits finis.

La réalité c’est enfin cette courte réflexion d’un pékinois : « L’état de dépendance des nations occidentales à l’égard des terres rares chinoises leur apprendra à ne rechercher que le plus faible coût »

Publié dans Les Échos le 11 07 2015

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