Nickel, chagrin d’hiver

L’industrie s’interroge sur les prix du nickel.

L’industrie du nickel est désorientée à la lecture de commentaires désordonnées qui s’imposent  comme autant de bouchons aux directions imprécises sur les vagues d’une forte mer.  Il y a plus de deux ans, avant l’arrêt des exportations de minerais indonésien de 2014 (ce pays représentait alors 28% de la production mondiale, il n’est plus qu’à … 8%), une hausse sans précédent des prix du nickel était annoncée. Depuis la mise en place de cet embargo, les prix ont… diminué de moitié. Les prévisions sont déroutées par la force de l’imprévu, comme disait La Fontaine l http://www.lafontaine.net/lesFables/afficheFable.php?id=36 ’Astrologue est tombé dans le puits :


Un astrologue un jour se laissa choir
Au fond d’un puits. On lui dit : Pauvre bête,
Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête…

 

Dès le début de l’année 2016, pour ne pas dire dès le quatrième trimestre 2015, de nouvelles hausses de prix du nickel étaient annoncées ;  prenant le relais de partis pris, des commentateurs romançaient, comme sur commande : la production s’effondrera, les embargos augmenteront, les stocks disparaitront, les tarifs douaniers, la consommation, l’acier…, l’Indonésie, Bruxelles, la Chine …, et un nouvel embargo sur le minerai de nickel, en provenance cette fois des Philippines. On allait voir ce qu’on allait voir !

Autant d’éléments dits et redits, vus et revus, maintes fois ; depuis le temps, ne sont-ils pas déjà dans les cours du nickel ?

Dans les faits, l’année 2016 est encore une année sans visage parce que la baisse de la production était maigre, le contribuable sauvait momentanément de la faillite, les stocks étaient toujours élevés voire dissimulés et lorsque la Chine fabrique plus d’acier inoxydable d’autres régions du monde en fondent moins.  Les prix du nickel, loin d’être hallucinés, étaient encroutés autour des 10 000$/T et la moyenne annuelle sera plus proche des 9 500$ que des 12 000$ ! Deux éléments aggravent encore cette tendance : l’Indonésie a mutée, elle reprendra bientôt sa place sur le marché avec un marketing plus fort qu’auparavant; deuxièmement  la myopie du paradigme du LME, d’autant plus « has been » depuis le Brexit, alors que le bon modèle est celui du HKS² ?

Évidemment, autour de 10 000$/T les prix du nickel sont d’autant plus embarrassant que les projections à l’aube 2020 ne dépassent même plus les 14 500$/T… contre 30 000$/T il y a quelques temps. L’avenir devient aride et prudent. La planète nickel doit s’attendre à de nouvelles hideurs. Les recycleurs abaisseront leurs coûts d’acquisition. Les mines de nickel, sauf une, resteront couteusement conservatrices, parfois encrassées comme de vieilles cheminées jaunies par des taux d’intérêts négatifs, des taux de désintérêts. Leurs trésoreries fonderont comme des glaçons dans une chaudière parce que le temps économique rattrape toujours le temps politique.

Au final, et ce n’est pas une découverte, d’un simple regard l’industriel constatera que sans autre input les quelques diminutions de production abaissent logiquement  les prix du nickel. Du même regard, il observera qu’à l’exceptionnelle séquence de prix liée à la Chine de 2004 à 2014 la courbe des coûts de production s’est rouverte sur les références de prix du tout début du millénaire, entre 5 000$/T et 15 000$/t. Chagrin d’hiver pour le nickel.
Publié dans Les Échos le 17 10 2016