L’atmosphère française est-elle polluée par le charbon allemand ?

L’atmosphère de la France est polluée! mais pourquoi ne dit-on pas d’où viennent les particules, d’où vient la pollution, qui est le pollueur ?

Depuis plus d’une semaine la pollution atmosphérique aux particules règne sur 17 régions  du territoire français. Elles seraient sous une exceptionnelle et épaisse couche de particules, du jamais vu ! 


Selon l’Ademe, en France, 14% des particules proviennent des transports, 34% proviennent du chauffage domestique, 31% de l’industrie et 21% de l’agriculture.

Pourtant, actuellement, le chauffage domestique est peu employé parce que la météo est favorable et ni l’industrie ni l’agriculture ne sont plus actives que par le passé.
Naturellement, personne n’aime respirer derrière un moteur diesel dont les gaz qui s’en échappent seraient coupables de nos maux. Cependant, la population  française roule moins que par le passé ; en outre, depuis un mois et demi un tiers de la France se déplace moins du fait de la rotation des vacances de février selon les zones ABC.  Enfin, chaque année de vieux véhicules très polluants sont remplacés par des véhicules plus propres qui  brûlent les particules ; d’autres nouveaux véhicules sont électriques.

En dépit de ces éléments infirmant une forte pollution d’origine française, 75% de l’atmosphère française seraient pollués !  En effet, pour couronner l’ensemble, la campagne française serait autant touchée que les villes par le diesel ! Cela signifie-t-il que les forêts  entre le Mans et Caen, celles du sud Reims, celles de Lorraine, des Vosges, du Morvan, de Bretagne, de Sologne… ont toutes et sans exception été traversées dans les quinze derniers jours par des cohortes de véhicules diesel ? Mais ces mêmes cohortes auraient évité les forêts et les campagnes du grand sud la France puisque ces dernières ne sont pas en alerte rouge.


Evidemment non. La raison de cette pollution est autre.


Dans un anticyclone centré sur la France, les vents tournent dans le sens des aiguilles d’une montre et ils nous reviennent par l’Est.  Sur les cartes européennes de pollution aux particules de cette semaine les vents d’Est provenant d’Allemagne sont fortement chargés en particules. Là-bas, la situation écologique est défavorable à cause de l’utilisation croissante des centrales électriques au charbon et lignite d’Allemagne occidentale, proches des frontières avec les Pays-Bas, la Belgique et la France.  En effet, l’électricité allemande était à 45% au charbon et lignite en 2012. Cette proportion est hélas en progression depuis les années 1990 et en 2013 elle est au plus haut. En résumé, les centrales au charbon sont de plus en plus nombreuses outre-Rhin (voir billet précédent Mortelle transition énergétique allemande).

Selon Airparif, 68% de la pollution atmosphérique d’Ile de France est importée. C’est pareil pour le reste de la France : la pollution n’a pas de frontière et avec un vent d’Est, c’est effectivement l’Allemagne qui nous enfume.  Ultime remarque, si en France l’Ademe nous indique que le taux de particules ayant pour origine la production électrique est quasiment nul, quel est ce chiffre pour l’Allemagne ?


Depuis quinze jours nous sommes initiés à l’atmosphère qui risque d’être la nôtre au cours des prochaines années. Une sorte d’atmosphère à la chinoise. C’est pourquoi, contrôler la circulation française c’est sans doute utile, il serait plus productif de presser  l’Allemagne de fermer ses centrales thermiques au charbon et au lignite.  Pourquoi personne ne le demande ?
Publié dans les Échos le 15 03 2014